L'univers insolite d'Alain Morault

L'univers insolite d'Alain Morault

Alain photographiait, dessinait et peignait sans relâche depuis l’âge de quinze ans ! C’est par milliers que des images de toutes sortes gonflaient cartons, chemises et albums dans sa vieille maison de Commana.


Présentation de l'œuvre par Nicole Claveloux

Présentation de l'œuvre par Nicole Claveloux

Peinture marine avec des rochers

Présentation de l'œuvre par Nicole Claveloux

Ce que j’aime dans les « images » d’Alain Morault c’est, d’abord, un univers qui s’apparente au mien car, comme lui, j’aime les arbres centenaires, les jardins clos, les vieilles maisons, les cabanes effondrées, les plages désertes…

Ce que j’aime aussi, c’est trouver dans ses dessins et ses peintures un monde qui m’est totalement étranger, une imagination différente : des perspectives tourneboulées, voire totalement dérangées, des bateaux-bicoques, des paquebots écrasant de malheureuses chaumières, des cargos obstinés qui tentent de passer sous les arches d’un vieux pont craquant de partout, halés par des remorqueurs et des rameurs opiniâtres ! (Et voilà, ils sont coincés, c’est malin…). Il y a aussi des maisons qui se promènent en file indienne, alignées de la plus grande à la plus petite, comme la famille du Petit Poucet dans les bois… parfois c’est une grosse bâtisse qui serre affectueusement dans ses bras (mais si !) une petite cahute sur le point de chuter.

Présentation de l'œuvre par Nicole Claveloux

J’adore aussi le vieux solitaire (parfois c’est un couple d’ermites) qui lit dans son lit, son petit chien sur les pieds, la lampe à pétrole accrochée à côté des chaussettes et des torchons, réchaud et bouilloire sur la table de nuit, sous le lit des sabots, des gamelles et des bidons, l’ensemble abrité (? !) par la bâche d’un vieux tacot retenue par une ficelle… le tout posé dans un pré !

Présentation de l'œuvre par Nicole Claveloux

Peut-être parce que j’adore le vent, j’ai longuement regardé un dessin à l’encre de chine, en silhouettes noires, très simples, très économes d’effets et pourtant très parlantes : c’est le crépuscule, une maison en contrebas, un pré derrière où une femme décroche vite le linge avant la pluie ou l’orage. J’entends le linge qui claque, je sens les premières gouttes, j’irai me réfugier dans la maison où luit faiblement une fenêtre, je sais que rien de grave ne va arriver, le toit ne s’envolera pas. Car si tout est fragile, changeant, vacillant dans ces dessins, il y règne pourtant une atmosphère sereine, paisible, planant loin des émotions violentes et des drames méchants.

Présentation de l'œuvre par Nicole Claveloux

Alain Morault a une imagination ludique très riche en « jeux d’images », en inventions visuelles originales et humoristiques. Les objets, les corps, les arbres, les bateaux et les maisons se décomposent et se recomposent en images incongrues et drôles.

J’aime voyager dans ces mondes déraisonnables, survoler de vastes paysages où se sont accumulés, au fil du temps, des villes, des places, des ponts, des immeubles accoudés les uns sur les autres, des vieilles tours sur pilotis, des crevasses et au loin des autoroutes gorgées de bagnoles, pare-choc contre pare-choc… dans le ciel flottent des femmes-ballons, des chapeaux-tétons, des pinces à linge amoureuses, des petites filles embrassant le vent…

Autrefois, j’aimais dessiner de hauts murs percés d’une toute petite porte, cachant de mystérieux jardins… aussi j’admire les jardins enclos d’Alain, tout petits, inexplicablement secrets, où une dame cachée sous un arbuste lit un livre…

Alain Morault a une imagination ludique très riche en « jeux d’images », en inventions visuelles originales et humoristiques. Les objets, les corps, les arbres, les bateaux et les maisons se décomposent et se recomposent en images incongrues et drôles.

J’aime voyager dans ces mondes déraisonnables, survoler de vastes paysages où se sont accumulés, au fil du temps, des villes, des places, des ponts, des immeubles accoudés les uns sur les autres, des vieilles tours sur pilotis, des crevasses et au loin des autoroutes gorgées de bagnoles, pare-choc contre pare-choc… dans le ciel flottent des femmes-ballons, des chapeaux-tétons, des pinces à linge amoureuses, des petites filles embrassant le vent…

Présentation de l'œuvre par Nicole Claveloux

J’ai toujours rêvé d’habiter une maison qui contiendrait toutes les époques : grottes néolithiques surmontées de caves gallo-romaines, rez-de-chaussée avec échoppe médiévale, premier étage avec fenêtres à meneaux, puis étage XVIIIe siècle, et un atelier à verrières du XIXe pour couronner le tout. Eh bien, Alain Morault l’a dessinée ! C’est une tour qui va de la préhistoire aux temps modernes, et elle est habitée à tous les étages, les Cro-Magnons du dessous enfumant tous les autres !

Présentation de l'œuvre par Nicole Claveloux

Alain peint de superbes paysages à l’huile sur toutes sortes de supports : toile, bois, carton, métal, et ce qui me frappe dans ces tableaux ce sont les matières, les substances, l’eau, la vase, le sable (mouvant ?), le bois des barques échouées ou des pontons, les champs de blé, la neige, rendus palpables avec simplicité, habileté et sensualité.

Je me régale également en regardant ses dessins à la plume et à l’encre de chine, rapidement croqués semble-t-il, et d’une totale exactitude : ses minuscules silhouettes de 6 mm de haut peuvent être agrandies sur un mur de 2 m sans problèmes, que ce soit des chevaux, des chiens, des passants, des bateaux ou des charrettes. Les bâtiments, aussi loufoques soient-ils, tiennent debout solidement, dessinés d’un trait rigoureux et précis.

J’ai parfois l’impression qu’Alain est un pacifique extraterrestre en visite sur terre et qui note tout dans ses carnets de voyage, du wagon de chemin de fer sur ses rails au camion ensablé, du vieux caressant son chien à la gare où dorment des trains vétustes, des locomotives branlantes ainsi qu’un navire échoué… il y a aussi quelques cheminots et même un avion qui passe ! Souvent tout est vu d’en haut, du ciel… oui, il ne le dira pas, mais c’est un extraterrestre !

Ses merveilleux dessins à la plume me parlent de l’instabilité, de la fragilité, et aussi du temps qui finit par échafauder des bizarreries. Prenez une De Dion-Bouton abandonnée, un arbre y a poussé, sur ses racines une cahute fut construite avec son jardinet suspendu. On y accède par des échelles. Une maisonnette à mésanges trône au sommet de l’arbre devenu centenaire, et cette absurdité chancelante est habitée : on se bronze devant la cabane, on fait pipi dans l’herbe, on pêche à la ligne, il y a une boîte aux lettres, une sonnette et un petit clébard. Rien ne tombe, tout va bien.

La vie est incertaine, rien n’est définitivement solide, tout est instable, fluctuant mais rien ne s’effondre pour de bon. Je crois qu’Alain aime bien que tout soit chancelant et fragile ; il ne peut s’empêcher d’ôter quelques tuiles, de faire voir des trous dans la charpente, de faire pendre une gouttière, rares sont les toitures intactes, les murs droits… parce que c’est plus beau que le neuf bien lisse ou parce qu’il y a une philosophie de la vie derrière tout ça ? Mystère et boule de gomme.

Oui, la vie est incertaine et lunatique, les jeunes filles lisent à l’ombre de vieilles locomotives effondrées (mais nous savons qu’il n’arrivera aucun drame), des tape-culs s’élancent en brinquebalant sur trois roues, perdant des ressorts, éjectant des passagers, poursuivis par un roquet vociférant (mais il n’y aura pas d’accidents), des familles s’entassent dans une guimbarde bancale avec bagages, tonneaux, cage à serins, grand-mère alitée sur le toit sous une capote. On y trouve aussi : paratonnerres, cuisinières, chien, panier à salade et broc à eau, le tout arrimé avec moult ficelles (mais tout arrivera à bon port).

L’édifice le plus absurde, c’est un logis à tourelles flageolant sur ses pilotis, arc-bouté en surplomb au-dessus d’une cabane marquée « entrée », « visite » ; il semble qu’autrefois il y ait eu un cinéma ici ? Si vous avez encore envie de visiter, sachez que la comète de Halley, hurlant de rire, se précipite sur le toit !
    
Mais les habitants de ce monde vacillant ont l’air heureux, ils jouent au cerf-volant avec d’antiques chênes échevelés, accumulent d’immenses bric-à-brac, glissent en silence sur des femmes-montagnes enneigées (des reines des neiges ?) ou naviguent, tranquillos, dans des paysages qui rendraient fou un militant de l’union rationaliste. Et c’est ça que j’aime.

Nicole Claveloux

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